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Dix-sept réfugiés venus de Calais se sont posés au centre Réhobot

Publié le 15 décembre 2015

17 réfugiés, Soudanais Afghans, Iraniens, Irakiens et Pakistanais sont arrivés samedi vers 3 heures du matin au centre de Réhbot à Saint-Antonin. Au matin, ils ont découvert leur nouvel environnement.

Une douzaine d'heures après avoir quitté Calais, le bus à finalement atteint le centre de Réhobot à Saint Antonin, perché à 6 kilomètres du village. 17 hommes âgés de 25 à 45 ans en étaient les passagers. Des passagers qui n'étaient pas clandestins mais en situation régulière. Tous ont accepté la proposition du gouvernement de leur offrir un accueil pour l'hiver le temps de dérouler leur procédure de régularisation auprès de l'Ofpra en vue d'obtenir un statut de réfugiés et un titre de séjour pour envisager l'avenir dans le pays.

La sollicitude des bénévoles

Le sous-préfet Jean-Michel Delvert venu les accueillir samedi matin avec les responsables départementaux des administrations concernées, justifie l'initiative, explique le plan de l'État destiné à faciliter les procédures d'asile de ces réfugiés et à lutter contre l'immigration irrégulière et les filières… Un «plan de relocalisation» également destiné à désengorger Calais. Le centre de vacances de Réhobot a donc été choisi pour cet accueil. Il est pour l'heure le seul en Tarn-et-Garonne. La proposition de l'État convenait au directeur de l'établissement. La mairie de Saint Antonin ne s'y est pas opposée. Mais la concrétisation de cet accueil ne fut rendue possible qu'en raison de l'engagement du réseau associatif local dont une centaine de bénévoles s'est engagée à suivre et à gérer ces nouveaux arrivants. Samedi matin, ils étaient présents aux côtés de ces migrants un peu déphasés après leur long voyage en bus… Après, pour nombre d'entre eux, un séjour pénible à Calais et souvent un interminable périple entre leur pays d'origine et la France. Ce Pakistanais de 35 ans explique avoir traversé l'Iran, Dubaï, l'Irak, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, l'Autriche, l'Allemagne et la Belgique au gré des passeurs et des filières, aussi incertaines que dangereuses. À Réhobot, ils débarquent sur une autre planète. D'où la sollicitude des bénévoles. «Il est logique que nous soyons là. La Croix rouge est un emblème qu'ils reconnaissent. Ça peut les rassurer» explique cette bénévole venue de Verdun sur Garonne.

Rester en france

Ces migrants auront donc jusqu'au mois de mars pour se poser, et mener à bien leur procédure de régularisation. Ils toucheront une allocationde 340 €/mois. «Que vont-ils faire ?», s'interrogent les Saint Antoninois. Les associations vont donc les accompagner dans leurs démarches, tenter de les intégrer à leurs activités, et bien sûr, leur apprendre le Français. La plupart de ces réfugiés assurent vouloir rester en France. Dans leur ancienne vie, ils ont été, affirment-ils, avocats, vétérinaires, manutentionnaire, comptables, ont travaillé dans le pétrole…

Saint Antonin est donc le premier village tarn-et-garonnais à leur tendre la main. D'autres suivront, probablement. L'État Français s'est engagé à accueillir 31 000 réfugiés d'ici à 2017…

 


Ils se demandent : «Seront-ils encore tous là dans une, deux ou trois semaines ?»

En ce début de matinée froid et brouillardeux, Saint-Antonin est resté sous la couette : rues désertes, commerces à peine ouverts. L'arrivée de 17 migrants dans la commune la veille au soir ? Il y a ceux qui sont au courant et les autres. Dans la première catégorie il y a ceux qui en savent encore plus. «Il paraît que les chasseurs n'ont plus le droit de chasser autour du centre d'accueil», assure ce commerçant pour qui, assure-t-il, la présence de ces migrants «n'est pas un problème tant qu'ils ne viennent pas me compliquer la vie». Notre homme rajoute : «Le pays a déjà du mal à gérer ses SDF et on veut en plus sauver les réfugiés ?»… En se rapprochant du centre Réhobot à 6 kilomètres de Sant-Antonin, les avis sont plus mesurés, les infos mieux recoupées. «Pour les chasseurs, c'est évidemment faux, précise Daniel Benac adjoint au maire de Saint-Antonin. La limite de 150 mètres autour des habitations reste la règle, ni plus ni moins». Un bénévole se mêle à la conversation : «C'est sûr que pour ces gens qui viennent de pays en guerre, des hommes en arme peuvent être mal perçus. Chez eux quand on est armé ce n'est pas pour tirer le sanglier». Pour sa part, Denis Ferté, premier adjoint explique que la mairie a été consultée par les services de l'Etat et qu'elle a donné son accord à l'accueil de ces réfugiés sur le territoire communal. Il veut croire que tout se passera bien : «Le directeur du centre a organisé une réunion avec les gens du coin et divers responsables afin d'expliquer la réalité du projet. Les gens ont posé beaucoup de questions et ont obtenu des réponses qui les ont rassurés. Ils nourrissaient une certaine appréhension vis-à-vis de ce groupe exclusivement constitué d'hommes seuls, se demandant ce qui était prévu pour les occuper». Pour cet élu comme pour d'autres observateurs, une question les taraudait tout de même : «Seront-ils encore tous là dans une ou deux semaines ?»

La Dépêche du Midi