Accéder au contenu principal

Houria Bahia, femme libre

Publié le 10 avril 2016

Blouson de toile restylé maison, baskets d'argent et jeans d'jeun, Houria marche vite comme une femme d'action. Ce qu'elle est. Houria en arabe, ça veut dire liberté. Difficile d'imaginer un prénom qui lui aille mieux. Houria Bahia, 55 ans, Albigeoise depuis l'âge de 5 ans, est une femme libre venue d'un pays de soleil. Pour les enfants, les jeunes, les parents, qu'elle accompagne depuis ses premiers pas d'animatrice, à Cantepau avec les Francas, à Lapanouse pendant 10 ans, au centre de loisirs Édouard Herriot, à la Mouline ou à la maison de quartier de Rayssac aujourd'hui, elle renvoie la lumière qui lui donne ce regard si chaleureux.

Pour les familles soutenues et aidées par le secours populaire, où, bénévole, elle œuvre inlassablement, elle est cet élan positif qui redonne envie d'avoir confiance. Avec tout sauf la langue de bois. Le respect et la franchise comme fils directeurs, et l'indépendance comme mot-clef. Un cadeau de Perle, sa maman, disparue en août 2014. Née à Oran, d'une maman femme de ménage et illettrée, Perle avait six sœurs ; elle a commencé à travailler à 12 ans, s'est mariée à 17, avant d'arriver à 20 ans en France avec son deuxième mari. Après Houria, Perle aura deux garçons à qui elle n'oubliera jamais de rappeler : «votre sœur, c'est pas votre bonne». Pendant des années, Perle tiendra le restaurant Les Berges du Tarn. Nombreux sont les Albigeois qui se souviennent de cette femme de caractère. C'est avec elle, au restaurant, qu'Houria, qui aurait aimé être styliste, a commencé à travailler. Parce que son beau-père, disparu à l'âge de 50 ans, ne voulait pas la voir partir à Paris. Houria ne lui en veut pas, lui qui l'a acceptée comme sa fille quand elle avait trois ans. Pas plus qu'elle n'en veut au père de son fils Mehdi, avec qui elle a vécu 10 ans et qui est «reparti au bled… On s'entend bien mais chacun a repris sa route» résume Houria avec un sourire doux.

être issue d'une lignée de femmes fortes assure un capital confiance illimité. «Ma vie est simple et j'essaie de me la compliquer le moins possible» résume cette totale amoureuse d'Albi. Parlez-lui de «sa» ville, elle en ronronne de plaisir.

«L'art c'est la vie»

«Albi, c'est une ville humaine, belle. Tu respires, les gens sont bienveillants dans l'ensemble. Il faudrait quand même pas trop qu'elle s'enferme dans sa brique. Le joyau de l'UNESCO c'est bien mais il faut aussi s'ouvrir», taquine cet indéfectible défenseur du service public. à Albi bien sûr, qu'elle ne quitterait pour rien au monde. Et même si elle se situe plus «dans le social et l'humain que dans la politique», elle le confie sans complexe : «J'aurais voulu être maire d'Albi. Parce que j'aime les gens ; pour faire une vraie politique de quartier, mettre les moyens humains, c'est ce qui manque le plus». Un autre rêve ? Créer un lieu de vie dans l'ancienne école Pasteur aujourd'hui vide, avec des artistes en résidence, une salle de danse, une garderie de nuit - parce qu'il y a le théâtre pas loin - et des bénévoles qui viendraient montrer leurs talents cachés». Pourquoi des artistes ? «Parce que l'art, sous toutes ses formes, c'est la vie», répond comme une évidence Houria. Elle pense à son frère, Atmen Kelif, comédien de théâtre, membre des Deschiens et acteur dans plus de trente films; au comédien Edouard Baer, grand ami de la famille ou encore à Gérard Depardieu avec qui elle a passé quinze jours. Mais fille de... sœur ou ami de... femme maghrébine ou autre... : «je refuse de représenter qui que ce soit»prévient-elle. Quant au port du voile, mieux vaut ne pas la lancer sur le sujet. «On a la chance d'habiter dans un pays où des gens se sont battus pour la liberté de la femme. On régresse.. N'importe quelle foi doit rester intime. Je suis musulmane , pour l'ouverture au monde. Où que tu habites, les problèmes sont les mêmes, je me bats pour ça.»

Publié par la Dépêche du Midi  le 09/04/2016